Action KCS
Pourquoi KCS,
maintenant ?
Pourquoi renforcer la capacité de comprendre, de choisir et d’agir devient essentiel à mesure que les transformations technologiques, démographiques, environnementales et sociales s’accélèrent.
Par Adel Riame
Publié le 27 septembre 2026
6 min de lecture

Il y a quelques années encore, parler d’intelligence artificielle au collège aurait semblé prématuré. Aujourd’hui, des élèves l’utilisent déjà. Dans les entreprises françaises de dix personnes salariées ou plus, l’usage déclaré de technologies d’IA a triplé en deux ans, passant de 6 % en 2023 à 18 % en 2025 (Insee, 2026). Dans le même temps, notre société vieillit : 22 % de la population française a 65 ans ou plus en 2026 (Insee, 2026).
Ces deux chiffres racontent des histoires très différentes. L’un mesure une technologie qui se diffuse à une vitesse remarquable. L’autre, une transformation démographique engagée sur plusieurs décennies. Pourtant, ces temporalités finissent par se rencontrer au même endroit : dans nos vies.
C’est là que commence, pour moi, le sujet.
Comprendre assez vite pour rester acteur
Le numérique a déjà profondément modifié notre manière de travailler, de nous informer, d’accéder à nos droits, de créer des liens ou de consommer. L’intelligence artificielle ouvre une nouvelle étape, plus vertigineuse encore, parce qu’elle touche directement à la production du savoir, à la création et à certaines tâches que nous pensions jusque-là réservées à l’intelligence humaine.
Ces transformations portent des possibilités extraordinaires. Elles déplacent aussi très vite les compétences nécessaires pour comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Cette vitesse m’interroge depuis longtemps.
Elle devient aujourd’hui très concrète. Que signifie l’autonomie lorsqu’une démarche essentielle suppose de maîtriser un environnement numérique que l’on comprend mal ? Comment former un jeune à utiliser l’IA sans lui apprendre aussi à interroger ce qu’elle produit ? Comment une petite association peut-elle suivre des transformations techniques qu’une grande organisation absorbe déjà difficilement ?
L’équipement ne suffit pas à répondre à ces questions. En 2023, 15,7 % des personnes de 15 ans ou plus vivant en France hors Mayotte étaient en situation d’illectronisme et 30,3 % avaient des compétences numériques faibles (Insee, 2025). Même lorsqu’une personne sait utiliser Internet, accomplir une démarche administrative peut rester difficile : peur de se tromper, interface mal conçue, consigne incompréhensible, absence d’interlocuteur.
Nous avons mis beaucoup de services à portée de clic. Nous n’avons pas nécessairement donné à tout le monde les mêmes moyens de s’en saisir.
Des transformations qui ne nous attendent pas
Le numérique n’est évidemment qu’une partie de ce qui se joue.
Le dérèglement climatique nous confronte aux limites physiques de nos modèles de développement et à des arbitrages qui toucheront nos manières de produire, de nous déplacer, de consommer et d’habiter. Le vieillissement transforme progressivement les besoins de solidarité et d’accompagnement. Les réseaux sociaux ont bouleversé la circulation de l’information et notre rapport au débat public. L’IA accélère maintenant la production de contenus, vrais, faux ou simplement invérifiables, à une échelle nouvelle.
Ces phénomènes n’ont ni la même origine, ni le même rythme, ni les mêmes réponses. Je me méfie des récits qui prétendent tout ramener à une seule crise.
Je vois en revanche une difficulté commune : notre capacité à comprendre, choisir et agir doit suivre un environnement qui devient plus complexe.
Et cette capacité est très inégalement distribuée.
Certaines personnes disposent du temps, de la formation, du réseau ou des moyens nécessaires pour s’adapter. D’autres découvrent ces transformations lorsqu’elles deviennent un obstacle très concret : une démarche impossible à terminer, un emploi qui change, une fraude difficile à identifier, un outil devenu indispensable, une information dont on ne sait plus très bien évaluer la fiabilité.
C’est souvent à cet endroit que commence le travail social.
Renforcer celles et ceux qui tiennent le terrain
Les associations, les collectivités et les structures de proximité connaissent ces réalités parce qu’elles les rencontrent tous les jours.
La France compte près de 13 millions de bénévoles, dont 5,5 millions engagés chaque semaine, et le secteur associatif emploie 1,9 million de personnes (Associations.gouv.fr, La France associative en mouvement 2025). Derrière ces ordres de grandeur se trouvent des organisations extrêmement différentes : certaines solides, d’autres fragiles ; certaines très professionnalisées, d’autres portées par quelques bénévoles.
Elles n’ont pas toutes besoin d’aide. Et lorsqu’elles en ont besoin, elles n’ont certainement pas toutes besoin de la même chose.
C’est un principe important pour KCS.
Une association peut avoir besoin de refaire un site. Une autre de sécuriser ses données. Une équipe municipale peut vouloir comprendre ce que l’IA change dans ses métiers. Une structure peut avoir besoin d’une compétence juridique pendant quelques heures et non d’un accompagnement de six mois.
Aider utilement commence par comprendre ce qui manque.
Cela paraît évident. Sur le terrain, ça ne l’est pas toujours.
Faire circuler ce qui existe déjà
Car les compétences dont le monde associatif et les acteurs publics ont besoin existent souvent ailleurs.
Elles sont présentes dans les entreprises, chez les personnes indépendantes, parmi les étudiantes et étudiants, dans les métiers du droit, de la communication, du numérique, de la gestion, du design ou de la formation. Elles constituent une réserve immense de savoir-faire et, souvent, une envie d’être utile qui ne trouve pas facilement son point d’application.
L’engagement responsable des entreprises prend ici un sens très concret.
Le mécénat financier est indispensable à de nombreuses causes. Le mécénat de compétences ouvre une autre possibilité : permettre à des savoir-faire professionnels de circuler. Dans le Baromètre du mécénat d’entreprise 2024, 16 % des entreprises mécènes interrogées déclaraient proposer du mécénat de compétences (Admical, 2024).
Le chiffre m’intéresse moins comme mesure de générosité que comme indication d’un potentiel.
Car donner du temps ne garantit rien. Une compétence mal orientée peut produire peu de valeur et beaucoup de coordination. Une expertise très pointue peut être décisive lorsqu’elle arrive au bon endroit, au bon moment. Une formation réussie peut permettre à une équipe de ne plus avoir besoin de la personne qui l’a formée.
C’est cette dernière situation qui m’intéresse particulièrement.
KCS comme point de passage
KCS est né de cette conviction : une partie de la réponse existe déjà dans la société, mais elle ne circule pas toujours jusqu’aux endroits où elle pourrait être utile.
Nous pouvons intervenir directement. Quand nous travaillons avec des jeunes sur l’intelligence artificielle, avec des personnes âgées sur leur autonomie numérique ou avec des personnes qui souhaitent créer une association, la transmission se fait au contact du public.
Nous pouvons aussi renforcer celles et ceux qui sont déjà là : une association, une collectivité, une équipe, une structure de proximité. Quelques heures de la bonne compétence peuvent parfois leur permettre de faire davantage avec leurs propres publics.
Et nous pouvons créer des passerelles avec des entreprises qui souhaitent engager leurs équipes de manière responsable.
Ces trois situations appellent la même discipline : écouter avant de proposer, comprendre avant de construire, transmettre assez pour rendre autonome.
C’est aussi pourquoi je ne souhaite pas mesurer KCS à la taille des problèmes évoqués ici. Ils nous dépassent très largement.
Je préfère regarder ce qui change réellement après notre passage.
Nous ne faisons que commencer
Je ne sais pas ce que sera l’intelligence artificielle dans dix ans. Personne ne le sait sérieusement. Je sais encore moins quelles technologies nous utiliserons en 2040.
Je sais en revanche ce que j’aimerais préserver au milieu de ces transformations : la possibilité de comprendre ce qui nous arrive, de garder une prise sur nos choix, d’apprendre à tout âge, de transmettre ce que nous savons et de pouvoir compter sur d’autres lorsque nos propres compétences atteignent leurs limites.
KCS est encore jeune. Certaines de nos méthodes fonctionneront. D’autres devront évoluer ou être abandonnées. Nous aurons à mesurer davantage, à documenter ce qui produit réellement de la valeur et à rester suffisamment lucides pour reconnaître ce qui n’en produit pas.
Cette exigence compte pour moi autant que notre ambition.
Car si les transformations qui viennent sont aussi profondes que nous pouvons raisonnablement le penser, l’enjeu ne sera pas seulement de savoir jusqu’où nos technologies peuvent aller.
Il sera de savoir combien d’entre nous pourront encore comprendre le monde qu’elles contribuent à transformer, y trouver leur place et agir sur lui.
Adel Riame
Fondateur de Karma Com Solidarité